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L’Anim’Est 2014 est une convention sur la culture japonaise qui a eu lieu début novembre à Nancy. Ce fut l’occasion de partir à la rencontre de Ana D., une jeune YouTubeuse.

 

YouTube, tout le monde connait maintenant. Enfin, je l’espère ! Mais il faut dire ce qui est, il est parfois difficile de s’y retrouver et on peut passer à côté de vidéos qui en valent vraiment la peine. Ana D. avec ses Vlog de la Blasée, et plus récemment avec ses 7 objets, fait partie de ces personnes qui mettent tout leur cœur à l’ouvrage et proposent un contenu réellement digne d’intérêt. Ana a eu la gentillesse de se prêter au jeu de question-réponse avec humour, franchise, simplicité, passion, générosité et j’en passe ! Si vous ne la connaissiez pas encore, c’est le moment de vous rattraper ! Dans le cas contraire, eh bien vous en apprendrez plus sur elle, que ce soit concernant ses réalisations ou concernant la personne en elle-même ! En plus, vous aurez même droit à quelques conseils !

 

Bonjour Ana. Alors tout d’abord merci de m’accorder un peu de ton temps. Pour les personnes qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux te présenter un peu ?

Bonjour, alors je m’appelle Ana, je fais des vidéos sur internet, notamment sur YouTube depuis fin février de l’année 2014. À la base, et globalement, je parle de cinéma et de la genèse de certains films. Et là j’ai lancé, en début de semaine, donc le 3 novembre, l’émission qui s’appelle 7 objets, qui parle de science-fiction et de science appliquée à la vie.

 

Ce dernier concept marche plutôt bien d’ailleurs n’est-ce pas ?

J’avais un peu peur comme je changeais un petit peu de concept d’émission par rapport au VdlB -au Vlog de la Blasée– qui est quand même assez cynique. Je redoutais la vision des gens par rapport à ça. Donc oui j’ai de très très bons retours, je suis étonnée, et je pense même faire une saison 2. Je suis vraiment ravie de la tournure que prennent les choses.

 

D’où t’es venue cette idée de faire le Vlog de la Blasée et tes chroniques de films ?

Tout a commencé avec I, Frankenstein que je suis allée voir début, mi-février. Je n’avais pas vu la bande-annonce et je pensais avoir à faire à une énième adaptation. Donc je me suis dit « tiens, les visuels ont l’air chouettes, donc je vais aller le voir ». Et au bout de 45 secondes, j’ai compris que ce n’était pas l’adaptation du roman original, certes, mais j’ai compris que j’allais perdre une heure et demie de ma vie.

Lorsque je suis sortie du cinéma, j’ai écrit un statut facebook sur ma page perso. Puis le statut c’est un peu développé, ça a fini en article. Je me suis dit « bof, pourquoi pas le faire en vidéo ? », pour dire ce que j’en ai ressenti tout bêtement. Puis les copains se sont mis à partager et à dire « ah ba c’est bien en fait ce que tu fais ». Et puis j’avais envie d’une nouvelle expérience, parce que je n’y connaissais rien en montage. Je suis partie de zéro, ça m’a plu. Je me suis aperçue qu’il y avait plein plein de choses à apprendre, et puis j’ai pas arrêté. Là j’en suis à mon… 15ème, et je suis en train d’écrire le 16ème.

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Et concernant le nouveau concept des 7 objets, comment ça t’es venu ?

Alors en fait ça m’est venu cet été quand je travaillais sur la chronique de Lucy de Luc Besson, j’y avais abordé très rapidement la différence entre anticipation et science-fiction. Et donc, j’avais illustré le principe d’anticipation avec les visiophones de Metropolis et la réalité augmentée de Terminator. Et j’étais un petit peu frustrée parce que dans la vidéo de Lucy, qui dure neuf minutes, cette différence a dû se faire en l’espace de 20-30 secondes et je n’ai pas pu vraiment développer, j’avais envie de parler de plein de livres, de plein de choses mais je ne pouvais pas placer un sujet comme ça, et je me suis dit que c’était dommage.

C’est mi-septembre, à peu près, que je me suis dit que je lancerais bien une idée de vidéos là-dessus. Et je me suis dit « je manque quand même d’un petit format court qui pourrait se regarder comme ça ». Ça m’a bien plu ce concept de différence entre anticipation et science-fiction, et je me suis dit « bon je vais faire ça ». Après je me suis dit « bon, maintenant que j’ai le concept -format court, sf/anticipation- comment est-ce que je vais le distiller ? », « comment on peut proposer un format court et entraîner les gens dans l’univers de la science-fiction ? ». Et là, « une semaine, je vais en choisir 7, je vais faire 7 vidéos et les étaler sur la semaine ». Et le concept a l’air de bien plaire.

Mais ça met du temps, parce que du coup il faut que je relise tous mes bouquins, etc. et ça a mis quand même un mois, un mois et demi à réécrire. Après j’ai tourné, j’ai monté, et j’ai eu un petit problème technique qui a décalé d’une semaine. Mais sinon ça a été très très rapide entre l’idée et le rendu final, en un mois et demi l’idée a germé et le résultat final est sur internet. Je ne pensais pas que ça plairait autant et j’en suis la première étonnée. Mais tant mieux !

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Et du coup c’est ponctuel, ou tu comptes en faire chaque semaine, ou bien les espacer ?

Non, en faire chaque semaine ça demanderait beaucoup trop de travail. Là c’était vraiment un essai et devant les réactions très positives que j’ai eu, je pense que je vais faire une saison 2 mais ce ne sera pas avant quelques mois. Mais c’est vrai que si ça continue à plaire autant, pas vraiment partir sur des objets mais sur d’autres concepts de science-fiction. Je vais voir pour garder ce concept de format court, une semaine par-ci par-là, parce que je trouve ça chouette et c’est sympa parce que ça donne une actualité, un espèce de suivi.

 

En plus de ça, tu as pu peut-être toucher une plus large communauté ?

Je ne l’ai pas fait dans le but de fidéliser les gens mais le fait est qu’effectivement j’ai pris quelques centaines d’abonnés grâce aux 7 objets, peut-être que je ne les aurais pas pris grâce au VdlB. Mais je ne l’ai pas fait dans cette optique-là, j’avais juste envie d’avoir un petit format court moins à l’humour mais plus au sérieux, à l’explication, plus dans le sens « venez-voir, je vous emmène dans mon univers, et s’il vous plait bien allez vous renseigner par vous-mêmes quoi », parce que c’est un univers qui est génial.

 

Quand on regarde tes vidéos, on se rend compte que tu as une excellente culture cinématographique et littéraire (principalement). Tu as suivi un cursus spécifique ou est-ce qu’il s’agit uniquement de tes recherches personnelles ?

Alors, je n’ai pas fait de cursus cinématographique. À la base je suis issue d’un bac scientifique donc absolument rien à voir. Après je pense que le côté scientifique et le fait de s’intéresser à tout ce qui est sciences ça t’amène à te poser des questions, donc à aimer certaines questions que se posent certains auteurs et scénaristes. Donc je suis venue à la science-fiction par le biais de la science. Attention, je ne dis pas que les littéraires n’aiment pas la science-fiction (rires).

Je suis scientifique de base, après j’ai fait des études de commerce, je suis passée du coq à l’âne, parce que je n’avais pas envie de m’enfermer dans les sciences tout de suite, comme je n’avais connu que ça. Après, j’ai suivi un cursus bancaire. C’était les maths + le commerce = la banque ! (rires) Donc voilà je n’ai pas un cursus littéraire à la base, je le suis devenue au fur et à mesure parce que déjà j’aime les mots… Et les chiffres… En fait j’aime tout ! Plus sérieusement, part la science j’en suis venue à la science-fiction, et part la science-fiction j’en suis venue à la littérature.

Pour le cursus scolaire ou d’études, je pense que ce n’est pas lui qui va induire ce que tu fais, et ce n’est pas ton niveau scolaire ou ce que tu as fait auparavant qui va induire ce que tu veux être aujourd’hui. Donc je suis partie vraiment sur des recherches personnelles. Avec les études, en France, tu te restreins énormément même si on a quand même des filières générales très longues, on reste très généraliste et on peut aller au-delà de ça je pense. Et quand on s’intéresse à quelque chose il ne faut pas hésiter à y aller de soi-même, se faire son propre avis, développer son esprit critique, ne pas suivre la masse, c’est très important. Je nuance beaucoup avec des « selon moi », « à mon sens », « je pense », pour montrer que ça n’engage que moi, laisser libre cours au débat, voir ce que les gens pensent, et partager.

Encourager les gens à penser par eux-mêmes et à développer leur esprit critique, je pense que c’est super important surtout aujourd’hui où justement on est canalisé pour aimer ou ne pas aimer certaines choses comme tout ce qui est merchandising etc. Je pense qu’il est intéressant de s’ouvrir et de voir toutes les possibilités qui s’offrent à nous.

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Dans ta FAQ #2 tu as déclaré « c’est grâce à Baudelaire que j’en suis venue à apprécier autant les mots et donc à écrire » et tu expliques que sans ce bon vieux Charles, nous n’aurions sûrement pas le plaisir de regarder tes vidéos. Donc, si tu pouvais -par exemple en utilisant le TARDIS du Docteur- lui parler, que lui dirais-tu ?

Je pense que je ne lui dirais rien, je l’écouterais. Bon après il était connu pour ses frasques plutôt inconsidérées, donc je pense que c’était quelqu’un d’une grande sensibilité, de ce que j’ai pu lire en tout cas c’est ce qui s’en dégage. Et je pense que j’aurais plus à apprendre de ce qu’il pourrait dire plutôt que moi à lui dire quoi que ce soit. Si j’avais un TARDIS ou une machine à voyager dans le temps je pense que je serais en admiration, je le laisserais écrire, j’écouterais ce qu’il a à dire et j’en prendrais de la graine. Je pense qu’on aurait beaucoup à apprendre de grands écrivains et de grands penseurs comme on a eu il y a de cela deux siècles.

 

Et tu as grandis avec Les Fleurs du Mal donc ?

Les Fleurs du Mal c’est le recueil que j’ai lu, lu et relu. L’objet en lui-même -car c’est un très très beau livre, une belle édition qui me vient de ma famille- c’était un tout petit bouquin et lorsque j’ai appris à lire c’était le seul bouquin de la grande bibliothèque qui me permettait de pouvoir le tenir entre mes petites mains. Je ne comprenais pas la moitié des choses qu’il était en train de me raconter, avec le langage très soutenu, et même il y a des choses très sensuelles dans l’écriture de Baudelaire. J’avais 6-7 ans, à cet âge tu comprends les mots, tu vois que l’objet est beau et magnifique mais c’est après lorsque tu relis, quand tu as 10-12 ans que tu commences à comprendre certaines choses. Et puis tu en as 15-16 et là tu te dis « ah oui d’accord », et c’est vraiment quand tu as entre 20 et 25 ans que tu as plus maturité et tu comprends ce qu’il a voulu écrire, et encore je pense qu’on ne comprend pas tout, que même moi je ne comprends pas tout aujourd’hui.

Pour le coup, je l’ai découvert très jeune et je ne l’ai pas lâché jusqu’à maintenant, je le relis très souvent. Lorsque j’étais gamine, mon poème préféré c’était Le Chat, ça montre une certaine douceur et une certaine candeur, même si tu ne comprends pas tu te dis « ouais c’est un petit chat, c’est mignon ». Dans la période de mon adolescence c’était plus le Spleen etc., adolescente rebelle (rires). Et maintenant je vais plus être dans À une mendiante rousse que je trouve magnifique parce que, sans aucune vulgarité, il arrive à décrire le corps d’une femme qui se prostitue, enfin moi je le comprends comme tel, qui fait de la mendicité grâce à son corps. Et il la rend belle en quelques lignes. Et ça c’est quelque chose qu’à 15 ans tu ne comprends pas.

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Pour en revenir à tes vidéos, tes deux personnages (la gamine kawaii et la bourrine psychopathe) apportent un aspect humoristique en plus, mais ça permet aussi de te décharger ?

Oui, et en plus ça apporte un rythme car quand tu es seule devant ta vidéo en train de te filmer ce n’est pas facile de tenir un rythme, à part avec quelques petits gags supplémentaires. Et aussi ouais pour me dédouaner de certains propos parce qu’il y a des choses, lorsque je les ai écrites, je me suis dit « je ne peux pas, moi, balancer ça, cru, à l’écran ce n’est pas possible ». Les gens risqueraient de mal le recevoir et ça pourrait être mal interprété.

La bourrine psychopathe est plutôt là pour alléger le tout car c’est un personnage, même si l’idée derrière est quand même là. Je peux me permettre de lui faire dire des choses un petit peu plus grinçantes. Je crois qu’elle apparaît dans la 4ème, j’avais besoin de quelqu’un pour tirer sur l’ambulance

La gamine, elle a un côté plus coconne, un peu plus basique, naïve. Sa première apparition je crois que c’était pour Maléfique, donc elle est arrivée beaucoup plus tard parce que voilà j’avais besoin d’une gamine pour retranscrire ce que j’avais pensé du film. Et puis je me suis tellement amusée à faire cette espèce d’ingénue, débile, que je l’ai gardée et j’ai essayé de lui trouver des choses toute aussi marante à dire. Elle apporte un peu de légèreté. Le truc qui est resté de la gamine c’est dans l’épisode sur Transformers avec le « kaboom bling-bling » où j’explique la corrélation entre nombre d’explosions et recettes, je me suis demandé comment une gamine de 6 ans pourrait commenter ça et voilà.

Et c’est resté du coup maintenant j’essaie de les faire apparaître dans toutes les vidéos même quand ce n’est qu’anecdotique. C’est toujours un clin d’œil sympa.

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Avec tes vidéos, en plus du fait de faire ce qu’il te plait, tu as de la reconnaissance, des revenus. Et en parlant de ces derniers, tu peux nous expliquer comment ça fonctionne ?

Alors, déjà, c’est une passion. À partir du moment où c’est par passion tu ne le fais pas pour l’argent. Moi ce n’est pas mon métier. Je conçois parfaitement que cette passion puisse devenir un métier par la suite, comme ça a été le cas pour de nombreux vidéastes qui sont passés professionnels. Je le conçois mais moi pour ma part ce n’est pas le cas. De toute façon, si tu te lances sur YouTube dans l’espoir d’en faire ton métier, de faire de l’argent, déjà tu te plantes complet. Quand tu regardes le nombre de vidéastes qui en vivent réellement, il n’y en a pas tant que ça.

Après, oui moi j’ai monétisé mes vidéos, en cliquant sur une petite case disant que tu veux bien monétiser la vidéo. Une fois que c’est fait, YouTube l’analyse pour voir si déjà les vus ne sont pas trafiqués, et surtout si tu n’interfères pas avec l’œuvre d’une autre personne : le droit d’auteur. Et j’essaie de faire attention à ça.

YouTube c’est très nébuleux au niveau des lois, ils laissent faire certaines choses, d’autres pas, c’est un peu libre d’interprétation là-dessus. C’est pour ça que moi je n’utilise, dans les chroniques, que des extraits de bande-annonce, parce qu’ils rentrent dans le domaine de la publicité, et donc tu peux les utiliser et les diffuser librement. Et si tu veux pousser le vice, il faudrait que tu demandes au distributeur de te rémunérer pour publicité… Si tu pousses le vice (rires).

Après il existe des network qui te proposent des contrats où tu es rémunéré un petit peu plus. Mais encore une fois, il faut un nombre de vues et d’abonnés assez conséquent pour qu’ils viennent à toi, te proposer des choses, qui soient intéressantes tout en te laissant libre de tes choix. Et je pense qu’il ne faut pas perdre son intégrité en s’autocensurant ou en se faisant censurer parce qu’on a signé un contrat avec tel ou tel média. Après, c’est ma manière de penser, je conçois qu’il y ait des personnes qui aient voulu en faire leur métier et qui aient pu se fourvoyer un peu dans cet esprit-là, mais je peux comprendre car des fois il faut bien remplir le frigo. Mais encore est-il qu’il faut avoir l’honnêteté de le dire.

 

Et donc pourquoi as-tu activé la monétisation ?

J’ai activé la monétisation sur mes vidéos parce que lorsque je les ai commencées, je me suis acheté un Reflex, etc. Et il y a beaucoup de cinéastes qui ont recours au financement participatif pour acheter leurs matériels. Mais je me suis dit que YouTube me donnait la possibilité par de la publicité non financée par les internautes de pouvoir avoir un maigre revenue. Et quand je dis maigre, c’est vraiment très maigre. Pour tout te dire, sur YouTube, pour 1000 vues tu vas gagner entre 70 et 80 centimes. Et je ne l’avais pas activée tout de suite. Ce n’est rien du tout, mais encore une fois tu ne mets pas tes vidéos sur YouTube pour te faire de l’argent.

Donc oui je l’ai activée, car toute passion à un prix (rires). Ça me rembourse de temps en temps des petits accessoires pour mes vidéos. C’est m’amuser à moindre coût pour partager mes délires en vidéos avec les autres. Moi ça me va très bien.

 

On ressent bien que tu es passionnée par ce que tu fais. Entre les vidéos, l’entretien de ta page Facebook, les réponses à tes abonnés, etc. ça doit te prendre énormément de temps. Quel est le secret pour réussir à gérer ?

Très peu de sommeil et beaucoup de café ! (rires) Je dors très très peu et c’est vrai que je travaille le matin pour moi et l’après-midi je vais sur les réseaux sociaux. Mais c’est vrai que je dors très peu, j’ai la chance d’avoir un organisme qui a besoin de peu de sommeil pour le moment, peut-être que je le paierais un jour mais ça me permet d’être pas mal présente, de pouvoir faire ce que je veux, quand je veux, et pouvoir répondre à suffisamment de monde.

Même si un jour je ne peux plus répondre à tout, je continuerais à lire les remarques, je pense que le feedback est vraiment trop important. Et même si je te disais tout à l’heure que je ne fais pas les choses pour les gens, c’est important de savoir si ce que je fais est bien interprété, et aussi de débattre et de pouvoir s’améliorer. Mais c’est vrai qu’à un moment donné je ne pourrais plus accorder autant d’importance aux messages, mais pour le moment ça va ! J’arrive à me débrouiller, donc tout va bien ! (rires)

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Mais de coup, il y a forcément des répercussions sur ta vie privée. Tu peux nous en dire plus ? Par exemple, ce que ça t’apporte, quels sacrifices tu as dû faire…

Pour m’adonner à cette passion je n’ai pas vraiment eu à faire de sacrifices. J’en ai fait avant parce que j’avais une grande passion qui est la musique, sauf que pour faire de la musique toute seule ce n’est pas marrant. Tu as souvent un groupe et tu vas être tributaire de certaines personnes. Sauf qu’au bout d’un moment tu as toujours une personne moins motivée que l’autre ou pas toujours sur la même longueur d’ondes et ça crée des divergences… Vergences ! Il fallait bien que je la sorte ! (rires) Et ça te bouffe énormément d’énergie dans ton projet et ta passion, et donc j’avais fait une croix là-dessus. Je cherchais quelque chose de créatif à faire, et lorsque j’ai écrit la VdlB sur I, Frankenstein je me suis bien plu là-dedans. Je pouvais être toute seule et me gérer, seule face à moi-même, je vais devoir me mettre des coups de pieds aux fesses moi-même (rires).

Et lorsqu’on te congratule, qu’on te félicite de quelque chose, eh ba je peux paraître égoïste mais je peux me dire que c’est pour moi seule.

J’ai été énormément aidée au départ, car je n’y connaissais rien au tournage ni au montage. J’ai dû aller vers les autres pour m’informer, pour voir qui faisait comment, ça m’a permis d’échanger avec certaines personnes que je ne connaissais pas et qui sont maintenant devenus de très bons copains, voire pour certains des amis.

Mais ouais c’est clair que cette « aventure » YouTube m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés, de partager des choses. Avant, les conventions, c’était une fois par an à la Japan Expo avec des amis le samedi après-midi où on se faisait marcher dessus. Maintenant je me fais inviter à la Paris Manga, cette année j’étais à la Japan Expo en pass VIP, ça m’a permis de vivre des choses que je n’aurais jamais pensées possibles. Il y a tellement de gens qui sont tout aussi passionnés que moi et que je n’aurais pas eu l’occasion de rencontrer, et ça fait du bien de voir des gens autant ouverts d’esprit qui peuvent même habiter à côté de chez toi.

Donc le grand point positif c’est le côté humain de la chose, l’aspect social c’est génial. Discuter avec des organisateurs de convention, sur comment améliorer les choses, voir les coulisses de tout ça, tu te dis c’est un boulot de titan et les gens n’ont pas idée de ce qui se trame derrière et du boulot fourni par des bénévoles parfois. C’est impressionnant.

Pareil, je n’avais aucune idée de ce que c’était de monter une vidéo et le temps que ça représentait. Certes, au début, je mettais 20-25h pour monter une vidéo, maintenant je mets une dizaine d’heures. Donc oui tu te rends compte de l’envers du décor et tu te dis « oui d’accord je comprends pourquoi certains en font leur métier ». Certaines personnes arrivent à te sortir une vidéo d’une qualité exceptionnelle aussi bien sur le fond que sur la forme deux fois par mois. Ça force le respect et c’est un véritable métier.

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Et concernant les aspects négatifs ?

Après pour les aspects négatifs, il faut savoir prendre du recul, à partir du moment où tu te mets en avant sur YouTube, même sur le net en général. Tu as une connexion wi-fi et un écran qui te séparent de la personne et les gens n’ont pas tendance à penser qu’il y a quelqu’un au bout qui va lire les commentaires, avec des émotions, et c’est là le seul côté négatif. Il faut se blinder. Il faut prendre du recul vis-à-vis de toutes les choses négatives. Mais également positives ! Parce que tout est amplifié, aussi bien les sentiments positifs, tout l’amour qu’on peut te témoigner, que le mauvais. Il ne faut pas tout prendre pour soi, les deux extrêmes sont dangereux, il faut se détacher et il ne faut pas prendre les choses à cœur et c’est très très, très difficile, surtout lorsque toi-même tu fais quelque chose qui te tient à cœur.

Je trouve ça dommage, car je crois que beaucoup de personnes trouvent qu’elles n’ont pas le recul nécessaire et se freinent sur leurs idées créatives, des personnes qui ont des projets dans les tiroirs mais qui ont peur à cause des réactions. Je pense qu’on pourrait avoir des choses de très bonne qualité, de très bonne manufacture, mais malheureusement elles s’autocensurent, et la pire des censures est l’autocensure par la peur de ce que peuvent penser les autres. Et certaines personnes sur le net exacerbent ce sentiment de peur de se lancer…

 

Imaginons que du jour au lendemain, pour diverses raisons, tu ne fasses plus de vidéos. Qu’est-ce que tu ferais à la place ?

Ma vie n’a pas changé, la seule différence est que les délires que je faisais avec les potes le samedi soir dans le canapé je les fais face à la caméra. Je passe un petit peu de temps à monter et du coup je vois un petit peu moins mes potes. C’est juste que je partage mes délires avec plus de gens. Mais si un jour ils me disent « tes délires ne nous font plus rire », ba ce sera pour mes amis, comme à la base. Au début c’était pour me faire rire moi, faire rire mes amis et apprendre des choses donc voilà je veux continuer à apprendre, continuer à faire rire mes amis.

Et s’il y a moins de gens pour me suivre, eh bien ce n’est pas grave. J’ai mes amis, j’ai ma famille, ça me va.

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En tout cas, ton travail porte ses fruits, ce que tu fais rencontre un certain succès, comme avec la levée de fonds que tu as lancée sur Ulule et que tu as dû fermer largement plus tôt que prévu, l’objectif fixé ayant été vite atteint et même dépassé de loin. Comment expliques-tu ce succès ?

En fait je n’arrive pas à l’expliquer. Je suis pas mal restée en contact avec mes contributeurs Ulule tout au long du projet. La majorité m’a dit « non ce qui est bien c’est que ton projet -parce que à la base le projet ce n’est pas un projet pour financer quelque chose pour moi- c’est un projet pour financer quelque chose pour la communauté »; à savoir les illustrations et les cartons pour les dédicaces à la Paris Manga, pour les conventions prévues. C’était un projet pour eux.

J’avais prévu un budget de 300-400€, avec plusieurs paliers, et à la base je me suis dit c’est bien si j’ai 100 personnes qui mettent 4-5 €. Ulule ne le permettait pas. Il faut 5 paliers, avec 5-10-15-20-25€. Et je me suis dit « jamais les gens ne vont mettre autant ». J’ai eu beaucoup de dons de 20 euros. Et c’est la semaine dernière que j’ai pu envoyer les contre-parties parce que je les avais en stock, j’en ai rajouté car chacun a eu des petites choses supplémentaires. J’en envoie plus, c’est normal car ils m’ont donné plus. Et les gens me disent « non mais tu ne te rends pas compte à quel point tu as été généreuse ».

Et en effet en allant voir certaines contre-parties dans d’autres projets Ulule, elles étaient moindres. Je ne me suis pas considérée comme généreuse, mais comme normale. Donc je pense que l’engouement a été suscité par le fait que je disais « écoutez je fais quelque chose mais c’est pour vous ». Je me suis placée en tant que réalisatrice en disant « vous en voulez, vous en aurez, vous n’en voulez, pas ce n’est pas grave ». Et au final ça s’est fait, j’ai deux superbes illustrations qui sont vraiment super chouettes, que je peux signer. Et ce sont des choses que je n’aurais jamais pu faire car je n’ai pas les moyens de me payer un graphiste, un illustrateur. C’est une minorité qui finance la majorité et je trouve ça chouette !

Il y a plein de gens qui voulaient participer et j’ai dû fermer car à un moment je me suis dit mince qu’est-ce que je vais faire de tout ça ? Je n’avais pas besoin de plus. Lorsque je me suis inscrite et que j’ai proposé mon projet sur Ulule, mon interlocutrice ne comprenait pas la finalité du projet. Parce que pour elle c’était quelque chose de tout nouveau. La majorité des vidéastes finance leur matériel, finance des projets, etc. mais ne finance pas des goodies à donner derrière.

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Et comment ça s’est passé avec ton interlocutrice sur Ulule ?

Elle n’avait pas compris et c’est pour ça que le projet a mis du temps à être mis en place parce qu’il y avait ce problème d’incompréhension. Il a fallu que je lui explique plusieurs fois. Je pense que c’était assez novateur et que c’est un projet pour les internautes où je me pose en organisatrice. Et ça ne changera pas la qualité de mes vidéos… La qualité ou la non-qualité (rires).

À la base, comme mon interlocutrice Ulule ne comprenait pas vraiment, elle s’est dit que ça ne pouvait pas marcher. Elle a émis des doutes quant au projet et au fait que ce soit viable et elle m’a fait douter. Donc je l’ai mis pendant trois semaines et j’ai dû fermer plus tôt.

Pour l’anecdote je l’ai remerciée d’avoir validé mon projet alors qu’elle doutait de sa viabilité. Je lui ai expliqué que là du coup ça prenait un chemin que je ne pouvais pas maîtriser et que les trois semaines que j’avais laissées… Il fallait absolument raccourcir le temps ! Parce que je ne pouvais pas me permettre d’avoir trop. En 4h j’avais fait les 300 euros que je m’étais fixés à la base.

Je l’ai lancé le lundi et le vendredi j’étais à 543 euros. C’est pour ça que je lui ai dit non là il faut vraiment que je l’arrête, elle m’a expliqué la marche à suivre, comment pouvoir l’arrêter en avance, et donc j’ai pu l’arrêter en avance.

 

Pas trop peur d’être un jour dépassée par les évènements ?

Non, si ça m’arrive ce sera sur le moment, pour le moment non. Le fait d’être en contact sur les réseaux sociaux et d’avoir une actualité YouTube assez intense ça me permet de pouvoir maîtriser pas mal de paramètres et pouvoir anticiper énormément de choses. Je ne te dis pas que je suis à l’abri qu’un jour je sois dépassée mais ça n’est pas arrivé. Je touche du bois !

Si un jour je suis dépassée par la passion, que ça devient trop contraignant ou qu’il y a des choses que je n’avais pas anticipées, soit je ferais avec, soit j’agirais en conséquences.

 

La communauté qui te suit semble dans l’ensemble très sympathique et te soutiens, mais tu as été aussi confrontée à des personnes malintentionnées, avec des paroles blessantes, qui ne respectent pas le travail que tu fais. Comment gères-tu devant ce genre d’individus ? Et aussi, comment vis-tu ce genre de comportements, d’agression verbale ?

Je préfère ne pas trop leur accorder de crédit. Mais j’ai effectivement eu quelques soucis, des personnes assez véhémentes qui si elles étaient en face à face n’auraient pas osé me dire ça. L’incognito d’internet, ça fait que certaines personnes osent faire sur internet ce qu’elles ne feraient pas dans la vie. Et parfois tu as des critiques méchantes pour être méchant, et cinglantes, et celles-ci il faut apprendre à passer outre, et c’est très difficile. Et c’est ce que je disais tout à l’heure, il faut apprendre à l’anticiper, il faut avoir du recul, calmer le truc, se dire, il a voulu le dire, il l’a dit, et se blinder.

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En te basant sur ton expérience personnelle, aurais-tu des conseils à donner aux personnes qui aimeraient se lancer, ou qui débutent, dans la « grande aventure » des vidéos YouTube ?

Déjà, faire quelque chose qui vous plait, qu’en tant que spectateur on aimerait regarder. Ça c’est déjà le point primordial.

Ensuite, ne pas se censurer. Être soi-même que ça plaise ou non, parce que de toute façon, quand on est soi-même, déjà toutes les allusions ou comparaisons à tel ou tel vidéaste ou des choses faites sur internet, on le prendra moins pour soi car on se dit « je m’en fiche, je suis moi ! ».

Après, bien penser l’écriture, c’est important. Et au moment de se lancer, faire visionner à ses proches. Ne pas se lancer à brut.

Se mettre dans l’idée que quand on commence, même quand on est en plein dedans, ce n’est pas parfait, accepter les critiques. Envoyer les liens répertoriés (ou seules les personnes qui ont le lien ont accès) à des amis, à de la famille, demander ce que les personnes en pensent. Peut-être aussi à des personnes qui sont déjà du milieu, pour avoir des retours, car moi je n’aurais jamais pu faire si je n’avais pas eu des conseils. Écouter les conseils sur les plans techniques. Les critiques, même négatives, à partir du moment où elles sont construites il faut savoir les écouter.

Il faut aussi avoir le cœur bien accroché, prendre du recul, savoir encaisser les critiques, et avancer.

Donc pour résumer : être soi-même, se faire plaisir, être curieux et après prendre du recul, aimer ce qu’on fait, et se blinder.

 

Quels sont tes projets à court et long terme ?

Ba là du coup voir pour une autre saison de 7 quelque chose. À voir.

Ça fait aussi 3-4 mois que j’ai un hors-série (VdlB) qui est en court d’écriture qui serait beaucoup plus long et où je parlerais d’énormément de choses. Donc je bloque un peu sur l’écriture, ça fait des mois et des mois que je suis dessus et je le reprends de temps à temps. Je l’écrit petit-à-petit, je pense que ça prendra beaucoup plus de temps.

Et là écriture du VdlB numéro 16 et continuer sur ma lancée, bientôt un an au mois de février alors on va fêter ça avec une vidéo je pense. Sinon il n’y a pas de projet conséquent, je pense qu’il y en a déjà suffisamment, entre les séries de 7 et les VdlB c’est déjà pas mal (rires).

 

Eh bien merci beaucoup à toi de t’être prêtée à ce jeu de questions/réponses, un petit mot pour la fin ?

Euh… Faites-vous des câlins ! Des câlins et de la confiture de groseille ! Voilà !

 

Complément

 

Vous en savez maintenant plus sur Ana D. ainsi que sur son activité. Encore un grand merci à Ana pour le temps qu’elle a consacré a bien vouloir répondre à ces questions, ainsi que pour les images qu’elle nous a fournies. Si vous souhaitez vous tenir au courant de son actualité, n’hésitez pas à la suivre sur Facebook et sa chaîne YouTube !

 

Ilirya

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Une réponse à “« Vergente ! »”

  1. Je découvre je connaissais pas du tout c’est EXCELLENT sur le fond, et ‘frais’ à écouter!

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